Base d’unité

Base d’unité

Les effets de la crise du capitalisme se font sentir à tous les niveaux. Pour compenser la chute de leurs profits, les élites économiques de tous les pays veulent faire payer les travailleurs et travailleuses, les gens à faible revenu, les femmes et les sans-papiers.

Au Canada, ces élites souhaitent récupérer l’argent dépensé pour sauver les banques, augmenter les dépenses militaires et réduire l’impôt des sociétés ; pour y arriver, on coupe dans le financement de la santé et de l’éducation, on augmente les frais de scolarité, on diminue les prestations d’assurance-chômage, on s’attaque aux droits syndicaux, à la réglementation environnementale, aux programmes d’aide sociale et d’aide au logement.

En même temps, l’élite dominante cherche à augmenter ses profits en gonflant la bulle immobilière – tout en protégeant les intérêts des banques – et en poursuivant son intégration au complexe militaro-industriel étatsunien. L’État et les grandes sociétés s’attaquent à la réglementation en matière d’environnement et aux droits territoriaux des peuples autochtones, de façon à faciliter et accélérer l’extraction hyper rentable des ressources comme les sables bitumineux et le schiste.

Les gouvernements fédéral et provinciaux, ainsi que les administrations municipales, mènent ces attaques au profit et au nom d’une minorité de riches.

Le régime Harper est aux premières lignes de ces attaques, qui incluent la privatisation de divers services, le licenciement de quelque 20 000 salariées de la fonction publique, le saccage de l’assurance-chômage, le report de la sécurité de la vieillesse à 67 ans, les coupures dans le financement des arts et la levée de tout obstacle à l’extraction du pétrole. L’annonce de la fin de la livraison du courrier à domicile en milieu urbain est un pas de plus vers la privatisation de Postes Canada.

Au Québec, le gouvernement du Parti québécois a réduit certaines prestations sociales et annoncé des augmentations des tarifs d’électricité allant jusqu’à 22,2 % d’ici 2018. Cela, en dépit du fait qu’Hydro-Québec prévoit réaliser des profits de plus de 3 milliards de dollars rien qu’en 2013. La ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais, a quant à elle annoncé des compressions dans l’aide sociale versée aux personnes âgées de 55 à 57 ans et aux couples ayant au moins un enfant à charge; cela, alors que 10 % des enfants au Québec sont élevés dans des familles qui dépendent de l’aide sociale. Ces mesures passent inaperçues alors que toute l’attention est tournée vers la charte raciste des « valeurs québécoises », dont l’un des objectifs est justement de distraire et diviser les gens qui sont les plus touchés par les mesures d’austérité.

À Montréal, l’administration municipale encourage le processus de gentrification des quartiers populaires et réduit ses investissements dans le logement social, tandis qu’on assiste à une accélération des attaques contre les femmes impliquées dans l’industrie du sexe. Pour réprimer les troubles que ces situations entraînent inévitablement, l’administration municipale a pris les devants avec le règlement P-6 pour museler le droit de manifester.

La franchise n’est certainement pas une valeur prisée par l’élite économique et la classe politique qui lui obéit. Celles-ci devraient avoir l’honnêteté d’admettre que l’austérité, au fond, se résume essentiellement au transfert de la richesse de la majorité vers la minorité. Mais elles préfèrent nous embobiner en parlant de « flexibilité » et de « restructurations économiques ».

Un récent rapport du ministère québécois du Travail révèle que plus de 450 000 travailleuses et travailleurs au Québec occupent des emplois précaires. Il s’agit d’emplois mal payés, avec peu ou pas d’avantages sociaux et pour lesquels il y a très peu de protection et de sécurité. Le même rapport nous apprend que près de 1,3 millions de travailleurs et travailleuses font face à l’insécurité d’emploi. On nous dépeint pourtant les coupures massives de postes dans les entreprises comme normales et nécessaires. Alors que le gouvernement québécois a prévu des allégements fiscaux de 10 ans pour les investisseurs étrangers, on sait déjà qui va en supporter le coût.

À Montréal, de nombreuses initiatives ont déjà été entreprises pour protester contre les mesures d’austérité : campagnes contre l’embourgeoisement des quartiers populaires, le saccage de l’assurance-chômage, les coupures à Postes Canada, l’augmentation des tarifs d’électricité ; contre la hausse des frais de scolarité et pour la gratuité scolaire ; en solidarité avec les luttes autochtones et le mouvement « Idle No More » ; contre les coupures à l’aide sociale, la croissance du travail précaire, la stagnation du salaire minimum, les licenciements massifs, et ainsi de suite.

Chacune de ces luttes répond à des besoins spécifiques, mais elles ont un point en commun, en ce qu’elles s’opposent toutes, chacune à leur façon, à des politiques qui visent à gonfler les profits des plus riches pendant qu’elles réservent l’austérité au reste de la population. Il est donc possible de se rassembler et de faire cause commune. Ensemble, nous pouvons nous attaquer à la source des diverses attaques auxquelles nous sommes confrontées.

Les politiques colonialistes sont au cœur du programme d’austérité de la classe dominante. Le vol des territoires autochtones est à la base du développement du capitalisme au Canada et ce vol se perpétue encore aujourd’hui. Il est absolument nécessaire, si l’on veut que la lutte contre les mesures d’austérité aille de l’avant, de soutenir les luttes des peuples autochtones pour la terre, la dignité et la décolonisation de leurs territoires.

Le Comité d’action solidaire contre l’austérité veut favoriser la contestation des mesures d’austérité par des actions solidaires et souhaite contribuer à la construction d’un mouvement de plus en plus large au Québec et au Canada. À court terme, nous prévoyons organiser un forum populaire qui rassemblera diverses forces en lutte contre les attaques des gouvernements, dans la perspective d’une journée d’action et de perturbations économiques pancanadienne qui pourrait avoir lieu cette année.

 

On ne mettra pas fin aux politiques d’austérité simplement en changeant le parti au pouvoir. C’est en bâtissant solidairement notre pouvoir populaire et en se faisant entendre dans la rue que nous pourrons confronter avec succès les élites qui décident des politiques d’austérité. Ce mouvement que nous appelons à construire, il devra se poursuivre après que nous aurons réussi à stopper les coupures. Ensemble, nous devons jeter les bases d’une économie coopérative, démocratique et autosuffisante, qui distribuera la richesse équitablement et fera appel à notre créativité, nos connaissances et habiletés, tout en préservant l’équilibre écologique de la planète.

Ensemble, nous pouvons combattre la crise et les mesures d’austérité néolibérales. Soyons solidaires et résistons à ces politiques, bâtissons notre pouvoir collectif et la démocratie directe qui nous permettront d’atteindre la justice sociale et écologique.